La mise en ligne aura été laborieuse; il rechignait à prendre mon texte world!.... Mais à prirori ça devrait tenir et dans les temps. Avant l'histoire de la courge et du soulier de Ver... Bienvenue aux couches tard et curieux! Une légère amorce de cetexte a été faite dans un atelier écriture (cf Espace Perso de Jörje). J'espère que ce ne sera pas un estouffe gari pour vous tous! Bonne lecture.
LE MAS DE BARREME
« Ayant poussé la porte étroite qui chancelle… » Tu l’aimais bien ce poème, il te revient en ta mémoire comme la chanson de Trenet…
Des souvenirs familiers…
La remise est là ; sombre avec ses arches. Te souviens-tu ? Au dessus de celles-ci chaque printemps les hirondelles venaient y faire leurs nids. Un soir, des amis (Mr et Mme Carrière, ceux qui avaient la magnifique Simca Vedette bleue ciel) étaient venus rendre visite à tes parents. La conversation n’intéressait ni ta sœur Marie Agnès ni toi ; alors vous étiez venus jouer dans la remise. La curiosité était trop grande et tu grimpais vaille que vaille sur un égouttoir à bouteille cylindrique d’un diamètre n’excédant pas celui d’une assiette pour atteindre un nid. Ce soir là tu aurais pu t’empaler sur une des dents de l’égouttoir mais non tu as pu passer ce cap et tu as, alors que tu étais tout prêt de toucher le nid avec un bâton, glissé à l’intérieur du cylindre et tu y es resté coincé. Je me demande encore aujourd’hui comment tu as réussi à ne pas te faire plus mal. Tu as fini honteux par demander à ta sœur, qui avait émis un avis négatif sur l’entreprise, d’appeler la gentille sœur Geneviève (sans mauvais jeu de mots) afin de te sortir de ce mauvais pas. Tu ne te souviens plus comment tes parents ont réagi mais surement ils ont eu peur et très certainement tu as dû pleurer (un de tes moyens de communication préféré). 
Au fond de la remise dans l’obscurité il y avait la barque (l’arche de Noé des « Rhône » successifs), il y avait aussi les tonneaux remplis de vin de la cave coopérative de Tarascon. Combien de fois n’as-tu pas rempli ces bouteilles que ton père te demandait du bout de son nez commandeur. Pour les remplir il te fallait retirer le bouchon coincé par un vieux morceau de tissu à matelas, tourner le robinet de bois de la main droite et voir s’écouler le vin rouge et refermer tout doucement le robinet une fois la bouteille pleine… ce geste pouvait être répété 40 fois de suite ou plus quand il s’agissait de mettre le tonneau ou une bonbonne en bouteille et là ; oh délice ! Il s’agissait d’aspirer par un magnifique tuyau plastique vert le contenu vinifié.
La remise a vu aussi quelques cochons rendre l’âme sous un couteau assassin, tu devais avoir 15 ans quand tu as entendu le dernier égorgé. Combien de soirs es tu allé avec Marie Agnès masser les jambons afin que le sel y pénètre. Cette odeur de cochonnaille particulière, ce contact « musclé » avec le jambon !
Le soir la faible ampoule dissipait péniblement une obscurité froide et humide. L’ambiance n’invitait pas à s’éterniser et tu te retournais rapidement vers la porte de la remise, elle donnait sur le couloir de l’entrée. Combien de fois as-tu ouvert cette porte ? Elle a son langage particulier, elle continue encore aujourd’hui à te parler. Ce sont les mêmes gestes, la même musique. Tu soulèves son loquet, tu la tires vers toi, elle te repousse ; tu peux alors te glisser entre elle et le mur mais il te faut bien souvent redescendre les une ou deux marches qui te séparent d’elle pour la passer. Alors vient ce moment où tu es tenté de la retenir tant les ressorts qui la rappellent la conduisent à te précipiter à l’intérieur. Le soir elle te sauve, la nuit tu l’accompagnes en pressant sa poigner de fer en losange afin de ne réveiller personne, le jour tu la laisses revenir seule, elle frappe alors l’encadrement et le loquet retrouve son encoche.
Et ce jour de 1976 tu te souviens de cette porte que tu as ouverte brusquement pour annoncer à André que Mao était mort. Tu t’étais amusé à jouer l’orphelin éploré et ton frère t’avait cru. Il t’avait engueulé pour ce coup de sang que tu lui avais provoqué. Tu étais fier de ta composition mais un peu moins du retour qu’il t’avait fait.
Arrivé dans le couloir, il y a la porte d’entrée qui coince les jours d’humidité
Et le couloir ; le meuble blanc avec les vitres qui te permettait de voir la télévision, la porte de la salle à manger entrebâillée. Et ce couloir ou tu as mangé de nombreuses fois avec les cousins et cousines.
Au milieu de celui-ci il y avait une porte métallique, un peu marron avec un hublot, c’était le chauffage à air pulsé. A cette époque pour toi c’était un mystère, un objet non volant non identifié.
Sur la gauche en entrant la salle à manger :
Au mur un crépi adouci par les couches de peinture successives. Tu te souviens quand tu avais eu la varicelle (tu devais avoir à peine dix ans) tu laissais ton dos caresser délicatement ce crépis… Une extase rarement retrouvée !

Au milieu de la salle à manger la grande table; elle devait accueillir les neufs les dimanches où tout le monde était là ! Maman te plaçait toujours à sa gauche, un peu pour t’emboucher, un peu pour veiller sur le petit fragile et lui garder la tarte aux fraises du dimanche (combien de fois as-tu eu peur qu’elle ne te la garde pas !)…
« Allez, MANGE ! ». Les veilles de Noël, tu entends encore la nappe qui se décolle de la plaque d’éverite, une fois nettoyée celle-ci permettra de rouler la pate à oreillettes avec les bouteilles en verre, de la découper avant que maman ne les jette dans l’huile bouillante. Avec une bonne dose de sucre tu n’en as jamais retrouvées d’aussi bonnes !
Sur le bout de la table, maman y déposait soigneusement un bout de couverture auquel y était systématiquement accolé un morceau de drap. Et c’est sur cet assemblage qu’elle repassait des heures et des heures le linge de toute la maison. Tu l’observais durant tout ce temps là et tu avais quelque fois l’honneur et la joie de repasser un mouchoir, cela te sortait de la longue monotonie d’un spectacle que tu n’avais pas choisi !
Les spectacles choisis, c’était « Samedi est à vous » présenté par Guy Lux avec toutes la kyrielle de feuilletons télévisés. C’était ton échappatoire des samedis longs et ennuyeux ! Les devoirs étaient bien souvent réservés aux dimanches soirs courts et fatigués !
C’est aussi sur cette table qu’un samedi ou lors de vacances tu as inventé un concours de tremplin pour véhicules miniatures ! Un saut particulièrement réussi a fini dans une vitre de la salle à manger ! OUPS ! Il a fallu très certainement le dire ! Et la vitre changée ! Te souviens-tu de l’odeur du mastic ?
Dans la salle à manger il y avait aussi une cheminée devant laquelle trônait un poêle à bois (et ses petits fers à repasser) jusqu’à ce qu’un convecteur électrique « à accumulation » lui enlève toute dignité et ne le mette au rebus! Sur la cheminée des pots de porcelaine ramenés d’un congrès. A sa droite et à sa gauche deux placards. Un renfermait tout ce qui était alimentation et vaisselle, dans l’autre le matériel de repassage, le pain, divers rangement, et en bas sur la partie du bas carrelée le royaume des enfants, vos jeux étaient là, rangés dans une caisse. Tu te souviens du magnifique Concorde dont le rayon d’action ne dépassait pas 20 centimètres autour d’une tour de contrôle qui maitrisait son vol. En face deux meubles se sont succédé, le dernier était un magnifique meuble de séjour en teck avec des fenêtres vitrées.
Au fond de la salle à manger près de la porte, le canapé. L’armature était en bois et l’assise en cuir ; celle-ci était marron et fatiguée. Elle a été en suite changée pour un cuir noir qui aujourd’hui encore accueille les fessiers fatigués et un canard en peluche. Ton père y a fait les siestes d’une vie entière.
De l’autre coté du mur : la gatouille (même si world ne le trouve pas dans son dictionnaire). On ne parlait pas de cuisine. Il y avait là le bac où nous nous sommes tous succédés afin que notre mère nous lave enfant dans une bassine en fer ! Il y avait aussi la machine à laver le linge dans la quelle tu as plus souvent vu ta mère y stériliser les conserves. Ah ! Les conserves ! Les fruits à éplucher, à couper en morceau et à ranger dans les bocaux ; du grand art ! La machine a laissé place à une Miele ; ça c’est du solide ! Ta mère en était très fière. Au dessous il y avait un saladier émaillé. Y en avait il vraiment deux ? Un pour les bains de pieds, un pour la salade ? Ou était ce le même ? Papa s’y régalait de saucer la vinaigrette aillée que maman préparait. Et quand maman remuait la salade, chacun de rapprocher son assiette autour du saladier afin qu’aucune feuille ne vienne tomber sur la table.
Mais de machine à laver la vaisselle, point ! Il y a assez de mains pour la faire ! Alors avec ta sœur Marie Agnès (quand tes sœurs ainées n’étaient plus là) tu as fait la vaisselle, et la poussière, et les escaliers, vous étiez devenus les spécialistes du nettoyage des escaliers. Il y avait 4 et 16 marches. Une fois fait et bien propre combien de fois aussi ne les as-tu pas descendus sur les fesses ?! Et puis la boule en pierre que l’on caressait affectueusement en entamant la montée.
Avant de monter sur la gauche, il y avait le bureau, avec cette tradition d’une pièce qui servait auparavant à recevoir (dite « la salle à manger »), pièce ou l‘on ne pénétrait que pour y faire la poussière. Elle te rappelle une autre salle à manger chez ta grand-mère maternelle où tu allais pianoter lors des longues visites ennuyeuses ; et où tu as vu sur un lit (y avait-il un lit d’ailleurs ?) tes tantes décédées. Mais dans cette salle à manger changée en bureau pour les besoins des activités associatives de ton père point de mort ; sinon de vieux « Tout l’Univers » dont tu ne connais pas le sort aujourd’hui.
Arrivé en haut des escaliers que tu as compté de nombreuses fois : 1, 2, 3, 4, puis 16 marches pour atteindre les chambres. Mais avant d’y entrer sur ta gauche il y a le grenier, l’espace de jeux par excellence avec le petit pigeonnier… une « petite maison dans la prairie » ou, avec Marie Agnès, tu y invitas Claude, Myriam, Béatrice, et c’est à peu près tout. Le réseau social était plutôt limité. C’est dans ce grenier que tu as échangé ton premier baiser…. avec…. Ta sœur qui voulait essayer. Mais « on met la main ! ». Le summum du « Papa Maman » !
En haut des escaliers, en face, il y avait la penderie. Un mélange d’odeur de naphtaline, de vieux linges renfermés. Tu aimais ces odeurs et le contact avec les vêtements, se cacher entre eux et caresser le col de fourrure du manteau de ta mère. Au fond les chaussures étaient soigneusement rangées.
Le carrelage du couloir du haut avait une particularité : Il se décollait ; tu l’avais toujours vu ainsi ; pour toi ça devenait un puzzle qui n’était pas terminé.
Juste à coté, la chambre des parents, leurs ronflements, leurs discussions, le petit lit que tu as repeint pour la naissance de Guillaume. C’est dans ce petit lit que, de la fenêtre tu revois cette boule de neige que l’hiver 63 tonton Henri t’envoya au coin de la vitre. Tu devais rester au lit, il ya avait tout juste un mois on t’avait sorti ton cœur, recousu et replacé. Tonton Henri : tu ne te souviens pas être allé à ses obsèques, et, sûr, tu iras un jour sur sa tombe pour le remercier de cet instant de sourire ? Il y avait là aussi l’armoire à glace, celle ou tous les rêves sont permis. Tu te mires et tu te vois déjà au radio crocher de Guy Lux et chanter : « L’an deux mille ; ce n’est pas ce que vous croyez, les immeubles de trois cents étages… etc.… » . Tu avais même créé la musique ! 
La chambre du milieu, c’est celle des garçons aussi loin que tu t’en souviennes avec un grand et un petit lit. L’alternative était simple, ou tu couchais seul dans le petit lit ou en compagnie dans le grand. Alors quand les trois frères rentraient dans la chambre c’était au premier d’entre eux à faire valoir ses droits sur le petit lit. Et tu ne faisais pas le poids. Tu n’aimais pas dormi avec ton frère André (il bougeait trop) et comme, bien souvent, tu allais te coucher en premier, tu préférais laisser un petit mot sur le lit. Sur celui-ci tu laissais un testament qui stipulait que tu laissais ta place dans le petit lit à André ! Si dans un élan de courage tu te couchais dans le petit lit, tu te retrouvais bien souvent le lendemain dans le grand, voire au bas de l’armoire. Oui, oui, ils ont essayé une fois. Cette chambre est devenue la chambre des filles au départ de Géneviève. C’est dans celle-ci que tu y as appris le mot « hypocrite » que t’as lancé ta sœur Monique. Car après être venu fouiné dans leur chambre et les voyant arrivé sur le chemin depuis la fenêtre, tu t’étais précipité à leur rencontre avec un grand sourire qu’elle a refroidi par un : « hypocrite ». Ce jour là tu as vraiment touché le sens d’un mot.
La chambre du fond, qui les derniers temps s’appelait la chambre des garçons. Elle a fait sortir de la bouche ta mère l’un des rares mots grossiers qu’elle ait prononcé : « bordel ». Je ne sais si ce jour là tu en comprenais le sens mais tu savais que c’était grossier. Je pense même que tu en savais déjà le sens même si ce n’était certainement pas ta mère qui te l’avait un jour expliqué. Cette chambre tu l’as retapissé un jour de l’été 77 avec ta sœur Marie Agnès comme d’ailleurs tout l’étage. Les vélos hollandais étaient, du fait de l’entrée dans la famille d’un immigré aux cheveux raides de la deuxième génération, à la mode. Le salaire que tu avais touché de ce travail d’été t’avait permis de te payer un de ces lourds vélos qu’on ne pouvait utiliser qu’en ville et sur du plat. Tu ne l’as pas gardé très longtemps !
Enfin au bout du couloir le cabinet de toilette. Le bac à douche avait l’avantage de ne pas trop laisser apparaitre la crasse accumulée mais lorsqu’il s’agissait d’en faire le nettoyage, la brosse en nylon devenait nécessaire. L’apprentissage d’une hygiène qui aujourd’hui parait une évidence ne l’était pas. La blague du slip, jaune devant, marron derrière n’en n’était pas une ! Dans le cabinet de toilette se tenait la bibliothèque, les livres étaient soigneusement rangés « dans le placard du cabinet de toilette ». C’était là que trônait la collection des « Sélections du Reader Digest »dont ton père était toujours à la recherche du dernier. Le bidet tenait lieu de pupitre une fois assis sur le Trône ! A disposition, il y avait régulièrement un Tintin ou un Astérix. Au dessus il y a la fenêtre du cabinet de toilette (elle est au nord) et le Mistral souffle. Si tu regardes par le fenestron tu peux apercevoir le « Fromage », c’est ta promenade préférée, ton Everest à toi ! Mais ça, c’est une autre histoire !
Nîmes Courbessac le 13 décembre 2006.

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