J’ai balancé ce truc sur le blog et maintenant je trouve rien de suffisamment intéressant et assez construit pour être raconté. Alors j’ai fait une sorte d’inventaire à la Prevert, avec des petits bouts de souvenirs qui me viennent comme ça, en vrac :
*La prière du soir dans la cuisine à Graveson (interminable quand on a six ans).
*Les plumeaux fabriqués avec des roseaux, avec lesquels on astique les raisins fraîchement cueillis, leur enlevant toute la « fleur » parce qu’ils sont tellement plus beaux bien brillants !! …Et la tête de Grand Papa de Graveson quand il s’en est aperçu….
*Les dimanche soirs à Graveson quand tout le monde s’en va, que j’annonce : « c’est décidé, je pars avec vous ! » et que je reste…
*Le passage à la pâtisserie avec Maman à Avignon. Elle nous achète toujours un gâteau pour goûter quand on va faire les magasins avec elle.
*Les soirs où on arrive à décider Maman à jouer à : J’ai vu un fantôme ! Qu’est-ce qu’il t’a dit ? Rien ! Qu’est-ce qu’il t’a fait ? Ca ! et qu’on se retrouve tous à tomber en cascade sous sa poussée.
*L’odeur un peu écoeurante des brioches dans la 404 quand on monte à Notre Dame du Château pour les vendre à la sortie de la messe et qu’on s’est levé beaucoup trop tôt.
Elle se lève toujours très tôt, elle aime le matin. Combien de fois on la trouve en train de tricoter tranquille avant qu’on se lève ; elle a déjà fait une manche ou un devant et elle nous le met devant pour voir si elle peut attaquer les diminutions…
*Les petits déjeuners dans la cuisine à Barrême avant d’aller cueillir les poires ou les pommes, quand Maman ouvre la fenêtre en grand parce qu’ «il fait bon comme tout » et que nous on a froid avec notre gilet de laine maison.
*Les jours de couture où Emma vient rafistoler tout ce qui peut l’être.
*La couleur de l’eau quand Rosita a fini de « passer la pâte » et que Jean-Luc l’essore sur la tête de Marie-Agnès.

*Monsieur Nisse qui passe le jeudi avec son tube pour approvisionner les campagnes.
*Toujours les petits déjeuners dans la cuisine à Barrême mais les jours de Pâques où on est allé à la première messe et qu’au retour on se régale de ficelles fraîches tous ensemble autour de la grande table.
*L’odeur de la tomate de conserve, les Patrac, les mains tachées qu’on arrive pas à nettoyer et les voyages du mas à la terre et de la terre au mas, les jambes pendantes sur la remorque. (Y aura-t-il de la neige à Noël ?)

*Les journées entières passées seule dans un dortoir (à Orange ou en colo) parce que j’ai une angine et que je regarde les nuages former des dessins changeant en attendant que Tante Denise vienne me badigeonner les amygdales ou que « tante » Emma vienne m’embrasser et me donner un bonbon pour pouvoir lui souffler à l’oreille: « Vous lui direz à ma Maman que je veux plus y aller à la colonie ».
*Comment on bondit du banc du réfectoire à Château Garnier quand on voit débouler la 404 ou la 403 dans la cour de la colo, les années où il n’y a pas de bébé trop petit pour supporter l’altitude.

*Encore à Château Garnier quand on rentre de promenade sous l’orage et qu’on reste exprès sous la pluie à regarder les éclairs. Et après... les vêtements propres et secs…
*Et puis les retours de colo quand les parents viennent nous chercher à Salon et qu’on trouve la Crau tellement plate !
*Quand on arrive aux Saintes Maries de la Mer et qu’on se jette dans l’eau en courant après avoir passé une heure serrés dans la voiture à 40°
Maman qui reste sur le sable, puis le pique-nique le soir avec les beignets de sardines et les nuages de moustiques qui nous dévorent.
*Un voyage en 404, seule avec Papa qui me conduit jusqu’à Mende pour un oral de langue du bac, et où je regarde ses mains sur le volant en me disant qu’aucun autre homme au monde n’a des mains aussi belles.
Et puis aussi ! Si les pieds mères se vendent bien… 